JEANNE GUYON




  

La méditation doit se faire de la façon suivante : 

Après s'être mis en la présence de Dieu par un acte de foi vive, il faut lire quelque chose de substantiel, et s'arrêter doucement là dessus, non avec raisonnement, mais seulement pour fixer l'esprit, observant que l'exercice principal doit être la présence de Dieu, et que le sujet doit être plutôt pour fixer l'esprit, que pour l'exercer au raisonnement.
Cela supposé, je dis, qu'il faut que la foi vive de Dieu présent dans le fond de nos coeurs, nous porte à nous enfoncer fortement en nous-mêmes, recueillant tous les sens au-dedans, empêchant qu'ils ne se répandent au dehors : ce qui est un grand moyen dès l'abord, de se défaire de quantité de distraction, et de s'éloigner des objets du dehors, pour s'approcher de Dieu, qui ne peut être trouvé que dans le fond de nous-mêmes, et dans notre centre, qui est le Sancta-Sanctorum où il habite. 

Lors donc que l'on est ainsi enfoncé en soi-même, et vivement pénétré de la présence de Dieu dans ce fond, lorsque les sens sont tous ramassés et retirés de la circonférence au centre ; ce qui donne un peu de peine au commencement, amis qui est très-aisé dans la fuite, ainsi que je dirai ; lors, dis-je, que l'âme est de cette force ramassée en elle-même, et qu'elle s'occupe doucement et suavement de sa vérité lue, non en raisonnant beaucoup dessus, mais en la savourant, et en excitant la volonté par l'affection plutôt que d'appliquer l'entendement pas la considération :
l'affection étant ainsi émue, il faut la laisser reposer doucement et ne paix, avalant ce qu'elle a goûté.
 

  
  

FÉNÉLON

  
 
 
  

La méditation consiste dans des actes discursifs qui sont faciles à distinguer les uns des autres, parce qu'ils sont excités par une espèces de secousse marquée, parce qu'ils sont variés par la diversité des objets auxquels ils s'appliquent, parce qu'ils tirent une conviction sur une vérité de la conviction d'une autre vérité déjà connue, parce qu'ils tirent une affection de plusieurs motifs méthodiquement rassemblés. Enfin parce qu'ils sont faits et réitérés avec une réflexion qui laisse après elle des traces dans le cerveau.

  
 
 
 
  

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