Collecteur d'impôts et publicain à Capharnaüm, Matthieu était un homme cultivé. De formation hellénistique, il a vraisemblablement grécisé son nom d'origine juive, Lévi (Mc 2,14 ; Lc 5,27).

Le rôle joué par ce disciple de Jésus dans la transmission de l'Évangile est capital. Dès la résurrection, on avait réuni quelques épisodes de la vie du Seigneur, et assemblé artificiellement des récits autour de mots-chevilles, ou de telle manière qu'ils puissent servir de répliques aux lectures que les premiers chrétiens entendaient encore dans les synagogues.

Sur la base de ces premières rédactions, Matthieu élabora une synthèse, sorte d'aide-mémoire pour les prédicateurs. Il le fit en araméen, rassemblant surtout, en fonction de l'apologétique qu'il avait alors à soutenir, les preuves de la messianité du Christ et les arguments qui étayaient les positions nouvelles adoptés par les chrétiens dans le culte et l'observance de la loi.

Cette oeuvre révèle un sens remarquable de l'organisation - Matthieu la partage en cinq grande parties qui rappellent les cinq livres de la loi - ainsi qu'un goût prononcé pour les chiffres, indice de l'ancienne profession de l'évangéliste - il groupe souvent les miracles du Christ ou ses sentences dans un ordre précis et selon un nombre fixe (sept ou cinq). Les origines publicaines de Matthieu expliquent encore le choix assez abondant des épisodes qui ont trait à la lutte du Christ contre les pharisiens.

L'évangile araméen de Matthieu a dû paraître avant l'an 50. En 55, une traduction grecque circulait déjà pour aider le travail apostolique en dehors de la Palestine ; elle bénéficiait d'ailleurs de l'oeuvre des autres synoptiques, parue entre-temps. Suivant la tradition Matthieu évangélisa plus tard la Palestine, l'Éthiopie et la Perse où il devait subir le martyre par rupture des os.